L´obligation et la vie

Tout le monde convient facilement de l´importance de l´idée des droits de l´homme pour le monde contemporain. On peut difficilement imaginer un autre fondement pour la politique contemporaine, au niveau national et mondial. Or, il est d´autant plus urgent de chercher une expression de ces droits aussi solide et inébranlable que possible. Malheureusement, la formulation traditionelle des droits de l´homme laisse beaucoup a désirer. Prenons le tout premier et le plus important, le droit a la vie. „Chacun a le droit a la vie.“ Qu´est-ce que ca veut dire? La lecture usuelle le comprend comme „donc, moi j´ai le droit a la vie“ – comme une conclusion du majeur au mineur. Dans le langage technique du droit, on prend le „droit a la vie“ pour un droit subjectif de toute personne humaine.

Or, cette lecture méne a des paradoxes, et meme au ridicule. Est-ce qu´un malade incurable peut porter plainte contre un malfaiteur inconnu qui voudrait le priver de son droit fondamental? Probablement non. Alors, ou est la faute? Ne tient-elle pas dans la lecture usuelle? La phrase „Chacun a le droit a la vie“ peut etre lue différamment, a savoir comme „chacun“ – c´est a dire „tous les autres“ – a le droit a la vie. Interprétée de cette maniere, elle ne dit rien d´autre que la maxime millénaire et bien connue, „tu ne tueras pas“. Maxime peut etre moins sensationelle, moins agréable a entendre, mais cette fois-ci sans paradoxe. A la regarder de plus pres, elle n´énonce plus aucun „droit subjectif“, un droit individuel a moi, mais – quelle surprise – tout a l´opposé, une obligation. Une obligation pour moi.

Par cette inversion, d´autres paradoxes des droits de l´homme se clarifient en meme temps. Ainsi, ces droits sont normalement déclarés comme provenant de la „nature“, de la naissance, et absolument inaliénables. Comme si je les portais sur moi comme ma peau propre. Mais tout le monde sait, qu´il suffit p. ex. de traverser la frontiere de la Corée du Nord – et ou sont restés mes droits, supposés „inaliénables“? De l´autre coté de cette frontiere, bien sur. Mais qu´est que ca signifie? Est-ce qu´il me sont alors attribués par l´Etat? Quelle idée horrible pour les Peres fondateurs – francais de meme qu´américains – qui se sont donnés tant de peine pour nier et exclure justement cette idée la. C´est exactement pour éviter l´idée de la dépendance des droits de l´homme de la volonté du souverain, qu´ils ont accepté de parler des droits „naturels“, meme si tout le monde sait, que c´est aussi une idée, pour dire le moins, assez suspecte.

En interprétant la phrase „Chacun a le droit a la vie“, nous avons déja évoqué l´idée de l´obligation. Il est intéressant de noter, qu´elle a encore figuré dans la préambule de la premiere Déclaration francaise, a coté des droits, mais qu´elle a disparu tres tot. Aucune des formulations récentes ne la mentionne plus. Or, ceci est une chose bien étrange. Théoriquement, il est tout a fait clair, que chaque droit d´un coté suppose nécessairement une obligation de l´autre. Cet axiome reste en vigueur dans le droit privé, mais a disparu d´une maniere tout a fait suspecte du domaine de droit constitutionel, y compris les droits de l´homme. Il était encore sous-entendu, bien sur, dans l´idée du „contrat social“, car tout contrat consiste précisément dans une balance des droits et des obligations de tous les deux cotés.[2]

Au contraire, le langage actuel des déclarations des droits de l´homme et du citoyen prétend que la société humaine est une sorte de perpetuum mobile a générer des droits unilatéraux sans aucune obligation et presque sans limites, a la volonté du législateur. De maniere que tout citoyen a le droit d´etre soigné médicalement, a le droit a une éducation, a le droit d´etre raisonnablement payé et meme a avoir des congés payés. Pas un seul mot sur une obligation quelconque. Quoi de plus agréable a entendre pour chacun de nous?

La ou on prétend d´avoir construit un perpetuum mobile, nous sommes en bon droit de suspecter une sorte de tricherie. Dans notre cas, elle consiste dans le role tacitement supposé de l´Etat. En proclamant ces droits, le législateur a simplement oublié a nommer le coté obligé, le coté du „doit“.[3] Qui est donc le redevable, a qui incombe-t-il de les remplir, sinon a l´Etat? En fin de compte, c´est lui qui les a déclarés – alors qu´il les paye aussi![4]

Mais revenons a notre theme. Ce développement du langage et de la pensée politique aurait tres probablement horrifié les Peres fondateurs de la démocratie moderne, car il reconstruit exactement cette dépendance du citoyen a l´égard de son Etat et de son souverain, qu´ils ont voulu en tout premier lieu abolir et pour toujours. Néanmoins, j´espere, qu´on peut les calmer sur un point au moins. Est-ce que les droits „naturels“ ou „fondamentaux“, eux aussi, nous sont fournis par nos Etats de la meme maniere que les „droits sociaux“? Je crois sincerement que non. Si la phrase „Chacun a le droit a la vie“ doit etre interprétée comme le droit d´autrui, de tous les autres – c´est a dire comme mon devoir de ne pas tuer, ce n´est pas a l´Etat que je dois mon assurance de ne pas etre tué, mon „droit a la vie“. Car l´idée d´un „droit a la vie“ ne peut etre concue qu´au moment ou la maxime „tu ne tueras pas“ est tres majoritairement  respectée dans une société donnée. C´est la tres haute probabilité, que mes concitoyens rempliront leur devoir de ne pas tuer, qui génere l´illusion d´un „droit a la vie“ comme droit subjectif, donc a moi-meme aussi.

J´espere donc avoir démontré, que ce n´est pas de par l´Etat que je recois mes droits fondamentaux, mais de par le devoir largement rempli de mes concitoyens de ne pas tuer (voler, violer, mettre en esclavage etc.). A l´Etat et a son droit formel il ne reste que de veiller sur les cas de conflit et de transgression, plus ou moins exceptionels. D´ou s´ensuivent deux corrollaires d´une importance pratique a mon avis incontestable.

1. Dans une société, ou il est plutot commun ou meme normal de tuer (voler, violer etc.), il serait tout a fait illusoire de vouloir introduire les „droits de l´homme“ par une décision politique d´en haut. Ceci n´est pas simplement un jugement moral: dans des cas de la pénurie tragique, il est commun de voler (ou plus précisément, l´idée du vol perd son sens), dans le cas de la guerre il est commun de tuer etc.[5]

2. L´état souhaitable de la société, ou il n´est pas commun de tuer (voler, violer etc.), et ou, par conséquent, on peut imaginer d´avoir des „droits de l´homme“, n´est pas en tout cas un état „naturel“, mais seulement un résultat d´une éducation bien fondée. La seule voie vers une société libre est celle d´une éducation morale, qu´elle soit réalisée plutot dans la famille, ou dans une école, une église etc. Ce n´est pas l´enseignement des „droits de l´enfant“ qui renforce ces droits dans la société, mais seulement une éducation au remplissement des devoirs envers autrui.[6]

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Ce n´est pas qu´ici que je peux rejoindre le théme général de notre école d´été. Je crois avoir montré, que le bien-etre humain et social, la „bonne vie“ civique dépendent de la morale de la société, sur laquelle le droit, lui aussi, est greffé.[7] Tous les deux se fondent sur l´idée du devoir, de l´obligation, dont le „droit subjectif“ n´est qu´un pendant secondaire.[8] Mais sur quoi répose l´idée de l´obligation elle-meme? Est-ce qu´il ne nous reste donc qu´a nous appuyer sur un „impératif catégorique“ a la Kant?

Cette attitude semble etre assez répandue parmi les penseurs, d´ailleurs bien rares, qui se posent aujourd´hui la question théorique d´un fondement du droit. Il nous disent, que c´est „l´impératif catégorique“, qui l´assure – avec un soulagement visible de n´avoir pas a penser davantage. Mais c´est précisément a cette attitude commode, que Kant lui-meme addresse la reproche d´une „philosophie paresseuse“, a ceux, qui abandonnent le questionnement trop tot et se contentent des réponses mal fondées. Est-ce que ce n´est pas le cas de la morale kantienne, qui se contente d´une „réponse“ qui n´en est pas une? Car ce supposé „impératif catégorique“ n´est, p. ex. aux yeux d´un ethnologue, que l´intériorisation d´une morale européenne et individualiste, d´origine purement historique et de validité limitée a la seule culture occidentale moderne. Donc, un exemple d´„eurocentrisme“ par excellence, naif et insoutenable.[9]

La recherche d´un fondement plus solide d´un „impératif“ général, d´un devoir ou d´une obligation a remplir pour tout etre humain, a été rendue encore plus difficile par une interprétation – a mon avis erronnée – de la fameuse „naturalistic fallacy“ du philosophe anglais G. E. Moore. En 1903, Moore a proposé une these tres intéressante, a savoir que le bien ne peut pas etre défini par aucun autre terme naturel, ce qui constituerait selon lui „l’erreur naturaliste“. D’autres ont cherché a rapprocher cette these avec une idée de Hume, qu´aucune proposition éthique ne peut etre fondée sur des prémisses de nature non-éthique. Meme si plusieurs philosophes ont cherché a démontrer l´opposé, la these de Hume reste assez influente aujourdhui, en particulier dans le milieu anglophone, ou on la considere souvent comme identique avec celle de Moore. Parmi les opposants de Hume, c´est le philosophe américain J. R. Searle (1964), qui doit etre mentionné ici. Car le contre-exemple, invoqué par Searle, est la promesse: le fait simple d´avoir prononcé une phrase (un fait factuel) rend l´homme lié a remplir ce qu´il a promis (fait éthique).

Une trace positive, que j´ai mentionné l´année derniere, se trouve dans le livre assez connu du philosophe allemand Hans Jonas, Le principe responsabilité. En cherchant un dernier fondement d´une responsabilité inconditionnelle, qui ne proviendrait pas d´un contrat, Jonas ne trouve que la responsabilité de la mere pour son enfant. Meme si son exposé n´est pas trop clair, c´est déja une trace importante qu´il nous faut poursuivre.

Avant d´aborder la question de la nature de la vie, il faut peut etre s´aviser d´un manque tres répandu parmi les philosophes modernes – a savoir une incapabilité de discerner entre la vie comme telle et, de l´autre coté, ma vie individuelle, ma vie a moi. Parlant de „la vie“, un philosophe est tres souvent tenté de ne penser qu´a sa vie propre a lui, cette „vie subjective“, vie individuelle et consciente – et de completement ignorer le fait de la vie comme telle, de la „vie objective“, si je peux ainsi abuser de la terminologie juridique. Et pourtant, c´est le fait général de la vie, qui est une condition préalable et indispensable a toute sorte de vie individuelle. Car meme ma vie individuelle a été précédée par la vie de mes parents, de ma mere. C´est donc cette „vie objective“, le fait général de la vie et du vivant, qui nous concernera ici pour le moment.

Quand Heidegger dans Sein und Zeit (L´etre et le temps) explique son projet ontologique, il ne donne comme exemple que les deux formes d´etre différent, a savoir l´etre des objets purs et l´etre des ustensiles, vorhandenes und zuhandenes en allemand. Mais s´il y a un exemple d´une maniere d´etre vraiment différente, c´est sans aucun doute le cas du vivant. Permettez moi donc une excursion tout a fait breve dans la biologie élémentaire, un rappel des connaissances du lycéen. A la différence d´une pierre ou d´une construction en béton armé, la maniere ou la stratégie, comment cherche a etre un vivant quelconque, différe sous plusieurs aspects. Tandis qu´une pierre „mene son etre“ dans une isolation totale, „qui n´a besoin de rien d´autre pour exister“,[10] le vivant dépend de son entourage – pour l´eau, pour sa nourriture etc. Tandis que la pierre endure et résiste tout passivement a toute influence, meme le vivant le plus primitif est sensible a la lumiere, a la chaleur, a tout facteur chimique. Tandis qu´une pierre ou une machine reste telle quelle elle était, et ne peut que s´user, que de se dégrader entropiquement, tout vivant nait, croit, vieillit et meurt.[11] Mais, meme en étant par définition de durée limitée, le vivant ne renonce pas aucunement a etre: des qu´il se développe, il possede la capacité phantastique de se réproduire. Il ne peut se contenter de son etre acquis, mais doit se reproduire – apparement, d´autant plus, qu´il nous est désagréable: la, ou il n´y avait qu´une seule puce, il y en a en quelques jours des centaines.[12]

Ainsi, tout vivant aborde son „probleme d´etre“ d´une maniere completement différente. D´un coté, le sort d´un etre inanimé est comme joué d´avance et sa durée fixée une fois pour toutes – par sa dureté, sa résistance etc. – le vivant, tout fragile et limité qu´il semble a premiere vue, est muni de capabilités d´“autogestion“ et du „souci d´etre“ heideggérien, qui lui permettent non seulement de survivre provisoirement, mais encore de se réparer soi-meme et de se multiplier. Ainsi, l´abeille, a longueur de vie individuelle de quelques semaines, est la depuis des millions d´années – et dans des exemplaires toujours nouveaux et frais, „comme au premier jour de la création“.[13]

Ceci dit, il est clair, que tout vivant tient son sort plus ou moins „dans ses propres mains“.[14] Mais beaucoup plus: ce qu´il „tient dans ses mains“, c´est le sort de tout son linéage, de sa postérité, de son, disons, espece. A parler avec les néo-darwinistes, ce ne sont que des especes qui ont su se propager et se multiplier efficacement, qui sont parvenu jusq´a nos jours. Cette dépendance de toute espece et de la vie tout entiere du comportement individuel de ses porteurs est probablement le „point faible“ de toute l´entreprise de la vie. Mais pour ne pas s´égarer dans des spéculations, résumons l´enseignement de la biologie et de l´anthropologie sur ce point.

1. La vie dure sur notre Terre depuis quelques 3 ou 4 milliards d´années. Elle a produit des millions d´especes et a „animé“ tout endroit, toute niche habitable.

2. Un bon nombre de ces especes vit encore aujourd´hui.

3. Toute espece connue a soigné sa réproduction meme plus que la survie d´un individu quelconque.

4. La dépendance du succes réproductif du comportement des individus – c´est a dire la précarité de l´entreprise – s´accroit avec la „complexité“ croissante des especes.

5. Tandis qu´au niveau des bactéries la reproduction est assurée chimiquement, elle dépend des facteurs de l´environement chez les plantes,[15] elle est promue par des instincts individuels et sociaux chez les animaux et n´est assurée que par la poussée sexuelle, par l´attrait et – de plus en plus – par des normes culturelles chez l´homme.[16]

6. Chez l´homme il ne s´agit pas seulement d´une reproduction physique, mais d´une reproduction de la société, y compris sa culture, ses institutions et ses techniques.[17]

7. Cette tache nouvelle ne peut pas etre assurée d´une maniere involontaire, a l´insu des hommes et des femmes participants. Elle dépend donc de la volonté des individus.

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C´est bien ici qu´il convient de conclure. Je crois pouvoir déduire les trois corrollaires suivants:

a) tout vivant est (aussi) un porteur de la vie; pour l´homme, cette „vie“ comporte sa culture au sens large du mot;

b) tout vivant doit mourir; donc, meme si toute vie consiste précisément a repousser la mort, il faut pas la regarder ni comme un défaut, ni comme un mal pur;

c) tout vivant est „obligé“ a passer la vie,[18] qu´il a recue, en relais – comme un héritage, qui n´appartient pas seulement a lui.

Je vous dois pas mal d´excuses: pour vous avoir envahi de faits et d´idées peu cohérentes, de provenance tres variée et qui posent autant de questions vieilles et nouvelles. La vie, qu´on considere couramment comme un fait ou un état, j´ai cherché a la présenter comme une tache et comme une obligation a remplir. Pas seulement au niveau individuel, a la maniere des existentialistes, mais aussi dans sa dimension sociale, globale et – j´ose le dire – cosmique. Je me suis permis de l´exposer dans une forme extremement condensée, meme brutale, parceque j´espere, que pour plusieurs parmi vous elle rapellera la vision bergsonienne. C´est un essai de concrétisation de son „élan vital“. Et c´est justement en une sorte d´hommage a ce grand penseur que je l´ai concu.

 

Litérature:

  • Bergson, H., Évolution créatrice. (1907)
  • Bergson, H., Les deux sources de la morale et de la religion. (1932)
  • Changeux, J.-P. (éd.), Fondement naturels de l´éthique. Paris 1993.
  • Davy, G., La foi jurée. Paris 1924.
  • Dawkins, R., The selfish gene. New York 1990.
  • Fustel de Coulanges, La cité antique. (1864)
  • Heidegger, M., Sein und Zeit. (1927)
  • Jonas, H., Das Prinzip Verantwortung. Frankfurt 1979.
  • Jonas, H., Evolution und Freiheit. In: HJ, Philosophische Untersuchungen. Frankfurt 1992.
  • Kant, I., Kritik der praktischen Vernunft. (1788)
  • Kant, I., Die Metaphysik der Sitten. (1797)
  • Lévinas, E., Totalité et infini. (1961)
  • Maine de Biran, Oeuvres choisis (éd. Gouhier). Paris 1942
  • Mauss, M., Essai sur le don. Paris 1923.
  • Moore, G. E., Principia ethica. London 1903.
  • Pinc, Z. – Sokol, J., Antropologie a etika. (Anthropologie et éthique). Praha 2003.
  • Pospisil, L., Anthropology of law. New Haven 1974.
  • Ricci, J.-C., Introduction a l´étude du droit. Paris 2002.
  • Ruether, B., Rechtstheorie. Bonn 1998.
  • Searle, J. R., How to derive „ought“ from „is“. In: Philosophical Review 1964:48-58.
  • Teilhard de Chardin, P., Le phénomene humain. Paris 1955.
  • Wesel, U., Urformen des Rechts. Frankfurt 1985.
(Conférence OFRES, Université de Nice, 13.7.2003)


[1] Tout commentaire sera bienvenu! N´hésitez pas!

[2] La parité nécesaire entre les droits et les devoirs se retrouve chez Maine de Biran: „Mais il y a ici une observation bien essentielle a noter, et qui a échapé a tous les philosophes, quoique la théorie des droits et des devoirs en dépende. Ce qui est droit dans la conscience de l´individu, qui se l´attribue en propre, devient devoir dans la conscience de la personne morale qui attribue le meme droit a d´autres personnes.“ Oeuvres choisis, éd. Gouhier, p. 264. – Kant, quant a lui, souligne le devoir (Pflicht) – d´ailleurs d´une maniere parfois tres emphatique (cf. Kritik der praktischen Vernunft, p. A 154) – mais seulement dans le domaine moral, tandis que du domaine du droit il cherche a l´éliminer a tout prix. Ainsi, en cherchant a établir l´idée fondamentale de la propriété, au lieu de dire tout simplement, que je suis obligé de respecter la propriété d´autrui, il dit, que „j´ai le droit d´imposer a tous (!) le devoir de ne pas toucher a ce qui est mien“, meme sans avoir a obtenir leur consentement. (Métaphysique des moeurs, I.1.§2)

[3] Pour quelques-uns des droits de l´homme, ceci n´est pas grave. Ainsi, tout le monde comprend, que le droit au secret postal oblige la poste ou que le droit a un proces juste oblige la justice. Mais il est  déja significatif, que meme des citoyens bien instruits sont souvent convaincus, que le devoir de protéger la sécurité des gens et de leur biens incombe exclusivement a la police, donc a l´état. Ils sont sincerement surpris a apprendre, qu´il oblige chacun qui pourrait intervenir, donc eux-memes aussi.

[4] Pour prévenir tout malentendu, je dois peut-etre souligner que je ne suis pas un ultra-libéral. Tout au contraire, je comprends bien la nécessité et la justesse meme des „droits sociaux“ a l´européenne, mais ce qui me fait peur c´est justement la maniere pas trop claire et meme pas completement honnete de leur introduction. Au lieu de parler des „droits“ je préférerais de parler des devoirs (de l´Etat? des communes? de la société? de tout citoyen?) en ce domaine, parceque en ce cas il faudrait aussi trancher la question éternellement disputée, a savoir si ces services doivent etre assurées par la voie de taxation, ou bien par une assurance obligatoire a part, par de la philanthropie non gouvernementale etc.

[5] „L´état de guerre met en suspens la morale (… et) anulle les obligations inconditionnelles.“ Lévinas, Totalité et infini, Préface.

[6] Ce qui est l´essence de „l´Enseignement“ lévinassien – et en meme temps la précondition de ma liberté responsable.

[7] A la différence du schéma kantien, qui oppose la morale du devoir au domaine des droits, l´interprétation proposée ici permet de comprendre le lien étroit entre les deux – un lien d´ailleurs le mieux attesté par l´anthropologie juridique etc.

[8] Il est d´autant plus curieux, que la notion de l´obligation soit tombée en une telle désuétude de notre temps: meme les dictionnaires et les manuels de droit ne la mentionnent pas, ou seulement dans le sens technique d´un papier a valeur monétaire.

[9] Ce n´est pas ici le lieu de montrer, comment ce présupposé occidental rend impossible un dialogue avec p. ex. la culture musulmane. Tandis que le concept de la liberté individuelle, munie de tous les droits, est completement étranger a celle-ci, le concept des obligations mutuelles, de la forme de „tu ne tueras pas“, lui est bien familier. A un dialogue il resterait a clarifier, a qui cette prohibition s´étend au juste.

[10] Ce qui est la définition classique de la substance dans la scolastique, chez Descartes et chez Spinoza.

[11] Cf. Hans Jonas, Evolution und Freiheit.

[12] C´est exactement ce fait, d´autant étonnant que terrible, qui justifie le conservatisme de la société envers les manipulations scientifiques avec du vivant: s´il s´agit du vivant, on sait jamis…

[13] Les écrivains de sci-fi, d´habitude mal instruits dans la technologie, revent parfois des machines, qui surviveraient tous les humains. Juste a l´opposé, l´ingénieur ne peut qu´envier la vie pour ses facultés d´autoréparation (cicatrisation, adaptation etc.), car il sait bien, qu´une machine, qui doit fonctionner sans intervention humaine une pauvre dizaine d´annés, n´est réalisable qu´a un cout énorme, p.ex. dans la technique cosmique.

[14] Meme si il n´a pas de mains, bien entendu. Le theme traité ici ne permet pas d´autre langage que d´anthropomorphe.

[15] Tandis que la semence, une spore ou un oeuf peut bouger meme longtemps apres la „mort“ du parent, la vie vivipare ne peut émerger qu´a la présence immédiate de la mere et reste encore un certain temps en pleine dépendance d´elle.

[16] Dans les sociétés traditionelles sédentaires (au moins), le mariage était de rigueur. La code indien de Manou punit par mort tout jeune homme, qui décline a se marier et a avoir un fils (naturel ou adopté). Des vestiges de la meme attitude se trouvent dans la Bible, p.ex. dans l´épisode pas trop claire d´Onan (Gén 38,9s.), puni de mort, parcequ´il a empéché son frere mort d´avoir un héritier. Cf. aussi Fustel de Coulanges, La cité antique, Livre premier. Aujourd´hui, il n´en peut pas etre question: nul n´est pas obligé a avoir des enfants. Mais supposons, que trop peu d´enfants naissent;  est ce que ca ne nous toucherait pas du tout?

[17] D´ou s´ensuit, que la „tache reproductive“ de l´homme ne se limite aucunement a la procréation biologique seule, mais comprend de meme toute „reproduction culturelle“, y compris p.ex. l´enseignement etc.

[18] Pour l´homme, naturellement, il n´y a pas de quotes doubles.